Les succès de la lutte anticorruption : l’exemple étonnant de Hong-Kong

De Hong-Kong, tout le monde connaît l’image d’un des plus prestigieux centres financiers internationaux, moteur de la croissance asiatique.

Ce qu’on sait moins, c’est le rôle précurseur de ce havre du capitalisme, dans la lutte contre la corruption, à une époque où cette problématique était encore largement minorée ou occultée par la quasi-totalité des pays industrialisés.

A rebours d’une idée répandue, selon laquelle la corruption n’affecterait réellement que les pays de second rang, dont la précarité fournirait un terreau fertile à la propagation du mal –comme si corruption et pauvreté étaient systématiquement consubstantielles- c’est l’un des plus illustres pôles économiques et commerciaux qui innovait, voilà près de quarante ans, en réalisant d’importants investissements pour trouver les solutions aptes à extirper ce fléau.

Si cette authentique révolution des esprits nourrit un légitime espoir, en laissant entrevoir la possibilité de renverser des situations complexes et profondément ancrées dans le paysage, il n’en est pas moins dommage que ce sursaut de conscience citoyenne ne soit intervenu qu’à la faveur d’un contexte social particulièrement dégradé.

Tout ceci requiert un retour en arrière : dans les  années soixante, Hong-Kong est devenu un véritable laboratoire économique et le puissant sanctuaire d’un libéralisme effréné. Les tycoons, ces magnats de la finance ou de l’industrie, règnent alors en maîtres sur cet empire de la finance moderne dont ils assurent et se partagent la prospérité.

Mais le faste de la colonie britannique contraste nettement avec une Chine populaire politiquement et économiquement sinistrée, et attire des foules de migrants chinois fuyant privations et persécutions. A d’immenses flux de capitaux viennent donc s’ajouter d’énormes flux de personnes : sont dès lors réunis les ingrédients d’un cocktail détonnant, favorisant un brutal essor de la corruption.

L’enclave a mal anticipé les conséquences induites par ce surcroît d’habitants, et très vite fait face à un lourd déficit de fonctionnaires. Conjuguée aux frustrations nées du dynamisme économique que continue d’afficher Hong Kong, et à la vulnérabilité des nouveaux habitants, la surpopulation et les pénuries qu’elle génère fournissent aux agents les moins scrupuleux un prétexte tout
trouvé et un tremplin inespéré à leur enrichissement personnel. Tandis que les difficultés d’accès à certains services aussi primordiaux que la santé et le logement vont croissantes, les faveurs de certains fonctionnaires se monnayent à prix d’or.

De plus, l’avidité ne connaissant plus de limites dans ce climat de corruption généralisée, le moindre service d’ordinaire gratuit est prétexte à d’infâmes marchandages, et les commissions exigées exorbitantes, sans considération (sinon lucrative) de l’urgence vitale de certaines missions.

Les limites de ce système sont franchies au milieu des années soixante dix, lorsque éclate le scandale de trop : l’affaire Peter Godber, du nom d’un haut responsable des forces de l’ordre poursuivi pour un colossal détournement, dont la fuite vers la Grande-Bretagne achève de révolter une population écoeurée par les outrances de ses élites.

L’écho donné à cette affaire est tel qu’elle suscite bientôt la création d’un organisme inédit : l’Independant Commission Against Corruption (ICAC), doté de pouvoirs
étendus en matière d’investigation, et surtout indépendant à l’égard des pouvoirs publics.

Les résultats ne se font pas attendre : dès les premiers temps de sa mise en oeuvre, l’ICAC fait la preuve de son efficacité en obtenant l’extradition de Peter Godber, donnant ainsi un signal fort de sa détermination à porter un coup d’arrêt à l’impunité qui l’emportait naguère.

Par la suite, au fil d’années jalonnées de victoires retentissantes, cet organisme unique en son genre acquiert une réputation sans tache lui valant même une reconnaissance internationale, comme auprès de l’OCDE, mais aussi d’ONG telles que Transparency International qui louent les vertus de cet outil novateur, source d’inspiration pour plusieurs groupes de travail sur la prévention et la lutte contre la corruption.

La force de l’ICAC réside principalement dans la grande autonomie dont elle jouit à l’égard des institutions, le traitement avantageux et la haute compétence de personnels rigoureusement sélectionnés.

Certes, un tel dispositif présente un coût non-négligeable, mais il apparaît quele travail accompli par l’ICAC à Hong-Kong est rapidement parvenu à restaurer un climat bien plus propice à la bonne marche des affaires, et emporte un large consensus auprès des habitants.

Si quelques pays (notamment le Portugal, la Chine et l’Indonésie) tendent désormais à tirer parti de l’expérience l’ICAC, voilà un modèle dont gagneraient à s’inspirer bien d’autres pays, à commencer par ceux qui, assez solvables pour imiter Hong-Kong et se pourvoir d’un moyen éprouvé de lutte contre la corruption, se sont longtemps crus immunisés contre ce fléau et, l’ayant laissé proliférer en leur sein, ne prennent que tardivement conscience de son évolution, sans toutefois redoubler d’efforts pour en endiguer l’aggravation.

Pour en savoir plus :

http://www.mediapart.fr/journal/economie/080711/corruption-pourquoi-l’exemple-de-hong-kong-nest-il-pas-suivi

http://www.observateurocde.org/news/fullstory.php/aid/145/Hong_Kong:_la_lutte_contre_la_corruption_porte_ses_fruits.html

 

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