Le Pacte de la Honte

Le Canard enchaîné a dévoilé tout récemment le « pacte secret Delanoë-UMP » concernant l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, lorsque Jacques Chirac occupait le fauteuil du maire.

Ce pacte, qui n’est plus secret grâce une fois encore à une presse libre et indépendante, n’est en fait qu’un vulgaire marchandage entre la mairie de Paris, Jacques Chirac et l’UMP, marchandage ayant reçu en outre la bénédiction de l’Elysée. Le pacte stipule que la facture des emplois fictifs concernant une vingtaine d’emplois et qui s’élève à 2,2 millions d’euros serait payée aux trois quarts par l’UMP et le solde par l’ex-Président de la République.

On peut supposer que cet accord permettrait, selon les fins stratèges de l’UMP et de la mairie de Paris, de soustraire Monsieur Chirac à une condamnation, car en échange de cet accord, la ville de Paris retirerait sa plainte. Ce dénouement est d’autant plus plausible que le parquet a déjà fait savoir qu’il allait requérir la relaxe.

Qu’importe si ce maquignonnage jette une fois de plus le discrédit sur la classe politique, qu’importe si cette magouille renforce les thèses de l’extrême droite, qu’importe si les citoyens qui considèrent déjà à 60 % que les politiques sont corrompus, estiment que leur conviction s’en trouve renforcée. Il fallait en effet sauver le soldat Chirac à n’importe que prix.

Rappelons quand même quelques faits qui montrent que le dossier Chirac est très lourd.

Tout au long des deux mandats de ce dernier, les instructions ouvertes dans les années 90 visant des détournements de fonds à la mairie de Paris, des faits de corruption en marge d’attribution de marchés publics ou de fraude électorale, ont abouti à la condamnation de proches du Président.

Ils ont été condamnés en général à des peines symboliques de prison avec sursis assorties d’amendes, dans certains cas de privation de droits civiques.

D’autre part, en mars 2001 le juge Eric Halphen a convoqué en vain Jacques Chirac comme témoin dans l’affaire des HLM de Paris. A l’été 2001, sa fille a été interrogée par la police pour des voyages en avion payés en espèces. Le rôle de Jacques Chirac a souvent été évoqué lors des procès, comme dans l’affaire de corruption des marchés publics d’Ile-de-France où le procureur Henri Génin avait évoqué dans son réquisitoire les « chaises vides » de l’audience.

Ainsi Jacques Chirac a bénéficié depuis des années d’une protection ahurissante du fait de son immunité présidentielle. Aujourd’hui, du fait de son grand âge, il faudrait faire en sorte qu’il ne puisse pas répondre de ses actes devant la justice ?

 Monsieur Delanoë justifie ce pacte en clamant qu’il ne veut pas s’acharner sur ce pauvre Jacques Chirac et qu’il voulait simplement que la ville de Paris obtienne réparation le plus rapidement possible. Mais Monsieur le Maire, la justice pouvait très bien le faire, c’est son rôle, il n’est pas question d’acharnement.

 Quant à la droite, Bernard Debré interrogé sur le pacte par France Inter, résume assez bien la situation : on ne pouvait tout de même pas envoyer Chirac sur les bancs des accusés eu égard à son âge et au rang qu’il avait occupé. Cependant, il ajoute que cela n’est pas très « reluisant » pour la politique. C’est le moins que l’on puisse dire.

 Il faut que la classe politique réagisse, tout particulièrement les militants UMP et socialistes, à ce spectacle granguignolesque qui nous ai offert par une poignée d’élus. Le pire des scénarii serait que ce pacte de la honte les laisse indifférents, préférant en cela ne pas faire de vagues pour les présidentielles qui pointent à l’horizon. Ne pourrait pas alors en conclure  qu’il existerait une complicité objective entre certains partis, pour couvrir les délits de la République ?

 Heureusement, certains, dans les rangs de la majorité de la mairie de Paris ont crié leur indignation. Nous les rejoignons.

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