Anticor dans Libération : "Alain Juppé, un choquant retour"

Séverine Tessier, présidente d’anticor signe ce papier dans le quotidien national du jour.

La réhabilitation d’un candidat ayant trompé les électeurs est dommageable à plus d’un titre.
Alain Juppé, un choquant retour
Par Séverine TESSIER
QUOTIDIEN : Samedi 2 septembre 2006
Séverine Tessier présidente d’Anticor (association des élus contre la corruption) (1).

L’équipe municipale UMP de Bordeaux a démissionné en bloc, pour fair  place à Alain Juppé, de retour après son exil forcé au Canada. Par cett  action, la droite locale se discrédite et va investir un homme qui a ét  condamné dans l’affaire des emplois fictifs du RPR à un an d’inéligibilité alor  que la loi de 1995 en prévoyait dix. C’était déjà là une peine bien légèr  comparée à d’autres. On pense à cette salariée licenciée d’une collectivit  pour avoir volé de la nourriture dans une cuisine municipale afin de nourri  ses enfants, ou à ce jeune homme condamné à trois ans de prison pour u  vol à l’arraché
Alors qu’il se réclame toujours plus intransigeant envers ces «délinquants ordinaires», le président de l’UMP et ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a déjà annoncé que s’il était élu président de la République, il «offrirait» à Alain Juppé la présidence de l’Assemblée nationale. La confiance des citoyens envers leurs représentants politiques n’est-elle pas déjà suffisamment vacillante pour organiser ainsi la réhabilitation d’un candidat ayant trompé les électeurs ?
Le retour d’Alain Juppé est choquant et immoral à plusieurs titres. Il accrédite la thèse du «tous pourris» défendue par l’extrême droite, et ce à l’heure où Jean Marie Le Pen clame qu’il sera au second tour de l’élection présidentielle. C’est, ensuite, un signal alarmant de l’état pitoyable de notre démocratie. On ne peut prétendre renouer la confiance perdue en faisant l’éloge de ceux qui ont détourné l’argent public de son usage légal. Il indique, enfin, que l’UMP et son chef, ministre de l’Intérieur, assurent l’impunité perpétuelle des hommes politiques. La France demeure parmi les rares pays européens à pratiquer le recel et la complicité de recel de candidats douteux !
Tant que les Français pourront nourrir des doutes quant à l’intégrité de leurs représentants, les extrêmes de tous poils auront de beaux jours devant eux.
C’est pourquoi les réseaux anticorruption doivent manifester massivement à l’occasion de l’élection municipale anticipée à Bordeaux. Nous formulons aussi le voeu, déjà repris par quelques députés (de droite et de gauche) sous forme de propositions de loi, qu’un élu condamné soit inéligible. Encore faut-il que le système des partis, sous l’égide duquel est entièrement dévoyée la Ve République, soit lui-même sérieusement remis en cause.
Il en va de la crédibilité des candidats à l’élection présidentielle et de leurs partis politiques. A eux d’agir fermement contre de telles pratiques, en entreprenant les réformes nécessaires à l’établissement d’une nouvelle démocratie, basée sur de réels contre-pouvoirs et sur la participation des citoyens aux décisions et au contrôle de la gestion publique.
(1) Association parrainée notamment par Eric Halphen, Corinne Lepage, Christiane Taubira, Tristan Mendès France…

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