Anticor à Neuilly-sur-Seine : « la corruption a un coût exorbitant pour la société française ! »

La conférence sur le coût de la corruption, organisée le 14 juin 2018, à Neuilly-sur-Seine, par Anticor 92 a fait salle comble. Eva Joly, députée Européenne et Jean Garrigues, spécialiste de l’histoire politique, ont ainsi passé en revue les différents effets négatifs que la corruption engendre devant plus de 80 participants.

En introduction, Anticor 92 a partagé les enseignements de l’Etude Rand Europe de 2016, réalisée à la demande du Parlement Européen, qui estime à 116 Milliards d’Euros, soit 0,45 % de croissance supplémentaire par an pour les 10 prochaines années, l’enjeu de la lutte contre la corruption pour la France. Il a été rappelé la position médiocre de la France dans le classement de la perception de la corruption en Europe (13e sur 28).

Les invités se sont accordés sur les nombreux impacts causés par la corruption :
– économiques : en particulier le retard des infrastructures causé par le détournement des fonds publics et la non soumission à l’impôt des sommes détournées ;
– sociaux : l’accroissement des inégalités et l’atteinte à la cohésion sociale politiques, notamment avec la baisse de confiance dans les institutions et le développement des populismes.

Eva Joly a insisté sur les atteintes à la cohésion sociale, pointant la différence de traitement choquante entre le petit délinquant condamné sévèrement par la justice et le corrupteur bénéficiant souvent d’une certaine clémence avec des peines de sursis. Elle a aussi rappelé l’actif français, qu’il s’agit de conserver et renforcer, que sont la justice, la santé et l’administration fiscale aujourd’hui non corrompus et efficaces en comparaison à d’autres pays.

Jean Garrigues a rappelé que l’évolution des mentalités et de la perception des citoyens se sont faites à la suite d’affaires à fort retentissement créant des électrochocs (Urba, Cahuzac…) relayés par la presse. Ce constat renforce le bien-fondé des actions d’Anticor concernant la divulgation d’affaires.

Les deux intervenants se sont entendus sur l’espoir que constituent, d’une part, les progrès législatifs en France et en Europe dans la lutte contre la corruption et l’évasion fiscale (loi de restauration de la confiance dans la vie publique, création d’un parquet européen, taxation des sociétés internationales sur le bénéfice de l’ensemble du territoire européen) et, d’autre part, le bouleversement significatif de la perception des citoyens qui ne tolèrent plus certaines pratiques illégitimes (le Penelopegate n’aurait peut-être pas vu le jour 20 ans plus tôt).

Les lanceurs d’alerte se multiplient et le nombre d’adhérents d’Anticor a doublé en trois ans, autant de signes d’une mobilisation citoyenne pour plus d’éthique dans la vie publique !

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