Renvoi d’ascenseur

guoakTfICIcdtvL-800x450-noPadJean-Noël Falcou, coréférent d’Anticor 06, avait dénoncé, dès le 11 juillet 2015, les travaux irréguliers entrepris sur la plage de la Mirandole. Sa pétition en ligne, intitulée « La plage de la Mirandole à Golfe-Juan Vallauris est publique : son accessibilité ne doit pas être réservée au seul roi d’Arabie Saoudite », a recueilli plus de 130 000 signatures…

Ce succès n’a pas empêché le préfet des Alpes-Maritimes de prendre deux arrêtes, les 24 et 25 juillet 2015, pour interdire « l’accès au domaine public maritime, les activités nautiques pratiqués à partir du rivage avec des engins de plage et des engins non immatriculés et la baignade au droit de la résidence du roi d’Arabie Saoudite, et notamment à la plage de la Mirandole ». Pour le préfet, « une interdiction d’accès au public limitée à la durée de la présence de l’autorité susvisée constitue une mesure proportionnée aux exigences de sécurité et d’ordre public ».

Force est de constater que les « exigences de sécurité et d’ordre public » n’expliquent pas tout. Par exemple, elles n’expliquent pas pourquoi, alors même que toute construction ou installation est interdite « sur une bande littorale de 100 mètres à compter de la limite haute du rivage » [1], la préfecture a accordé une autorisation de travaux, le 21 août 2015, afin que le roi puisse notamment installer un ascenseur pour relier sa propriété à la plage !

La véritable explication, c’est Philippe Castanet, sous-préfet de Grasse, qui la donne dans une interview d’une surprenante franchise [2] : « Si l’enjeu d’une visite du roi d’Arabie saoudite avec plus de mille personnes à ses côtés n’a aucune importance, qu’on le dise clairement. Pour une plage parmi les moins belles des Alpes-Maritimes, on met en péril la visite d’un chef d’État dont on a besoin pour faire tourner l’industrie touristique, avec une suite qui va énormément consommer, qui a réservé 400 chambres par l’intermédiaire de l’ambassade et un nombre équivalent à titre privé. » Surtout, le sous-préfet rappelle qu’il s’agit du « roi d’un pays engagé dans des conflits au côté de la France, qui a fourni un milliard d’euros pour équiper l’armée libanaise en armes françaises »…

Bref, tout le monde aura compris que, derrière les « exigences de sécurité et d’ordre public » invoquées, se dissimule la toujours contestable raison d’État.

Notes :

[1] Article L146-4 du code de l’urbanisme.

[2] Nice-Matin, édition du 22 juillet 2015.

 

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