La corruption en France, la République en danger : un livre de Gilles Gaetner

Pourrait-on remplir 500 pages en évoquant les affaires de corruption (celles concernant nos élus et hauts fonctionnaires) qui gangrènent la France  ? Malheureusement, la réponse est : oui. Elle a pour titre : La corruption en France, La République en danger de Gilles GAETNER chez François Bourin, éditeur.

Les procédés des contrevenants sont tellement variés et ingénieux que la lecture n’en est ni répétitive ni fastidieuse et que l’effet de suspense ne faiblit pas un instant. Et cela bien que l’on ait déjà lu dans la presse les grandes lignes des affaires évoquées.

En outre, l’auteur a choisi de présenter son ouvrage sous forme de dictionnaire. De telle sorte que l’on peut aller d’entrée en entrée, en fonction de l’intérêt que l’on porte à tel ou tel élu, tel ou tel haut fonctionnaire.

Peu édifiant, cependant, de trouver son maire, son député, son sénateur, son Président de Conseil Général ou Régional ou encore l’ancien procureur du tribunal de Grande Instance de son district, en compagnie des fossoyeurs de la République.

Consternant d’apprendre que la gourmandise est un des péchés capitaux de …la République, que les voyages sous les tropiques suscitent de nombreuses (et assurément studieuses) vocations et que l’addiction à l’argent présente les mêmes effets que celles à d’autres produits.

Vertigineux de découvrir la porosité de la frontière entre politique et grand banditisme.

L’objectif de l’auteur est de comprendre, expliquer et informer (et non d’accuser), face à la recrudescence des affaires dans les secteurs généralement exposés (grande distribution, BTP, magistrature, avocats, notariat, administrateurs judiciaires). Mais aussi dans des domaines qui, jusqu’à des dates encore récentes, étaient restés relativement à l’abri du phénomène (enseignement supérieur, santé, fraude sociale, sport, jeux, hackers, presse, permis de conduire, etc.).

Qu’il s’agisse de la Cour de Justice de la République, des paradis fiscaux, des comités d’entreprise, des délits d’initiés, de l’ONU, des tribunaux de commerce, de l’UIMM, de certaines universités, des affaires en cours (Pétrole contre nourriture, Karachi, Sawari II, fondation Hamon, etc.), l’auteur examine, analyse et rend compte.

Contrepartie de ce triste tableau : le patient, courageux et difficile travail des juges, celui de Transparency international. Dommage, néanmoins, que celui d’ANTICOR ait été oublié, dans la mesure où l’association se consacre précisément à la lutte contre la corruption locale, régionale et nationale en France, alors que  Transparency international a surtout vocation internationale.

Certaines entrées font l’objet d’exposés précis ; d’autres sont moins détaillées, moins perspicaces, voire lacunaires. Certains personnages sont traités avec mansuétude ; d’autres ne figurent pas alors qu’ils l’eussent « mérité ».

Quoiqu’il en soit, ce dictionnaire constitue une contribution à la lutte pour l’intégrité et la sauvegarde de la République. 

– Fiche de lecture de Marie Coutelou, adhérente Anticor de La Rochelle –

 

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